Stéphane Dupont, devant le Canadian Club House.

À la mi-avril, l’animateur radiophonique Stéphane Dupont de CHOI-FM, de Québec, s’est rendu en Afghanistan afin de voir et de vivre le quotidien des Forces armées canadiennes dans cette terre hostile où plusieurs militaires canadiens ont perdu la vie au cours des derniers mois. J’ai eu le plaisir de rencontrercelui qu’on appelle affectueusement « Le Duc de Pintendre », à la station rock de Québec, afin qu’il nous parle de cette expérience qui a changé sa perspective de la vie.

Lors de mon passage à sa résidence de Pintendre le 23 avril dernier, c’est un Stéphane Dupont très en forme, qui semblait peu affecté par le décalage horaire, qui m’a accueilli. L’animateur, dont les parents sont originaires de Saint-Léon et Lac-Etchemin, a mentionné que c’est à l’invitation de l’Armée canadienne que lui et d’autres journalistes de la Vieille-Capitale, venant de médias indépendants et n’ayant pas les moyens d’envoyer un journaliste « intégré » en terre afghane, qu’il s’est rendu sur place et a pu constater les efforts déployés par les militaires et les dangers auxquels ils doivent faire face quotidiennement.

D’entrée de jeu, Stéphane Dupont dit avoir été saisi par la réalité de Kaboul, « une ville ravagée par la guerre qui compte 3,5 millions d’habitants, mais peut en accueillir seulement 800 000 en temps normal, une cité dont les résidences tiennent à peine debout et qui compte sa part de quartiers délabrés. » Dans les rues, même si la guerre et le danger sont moins présents qu’avant, Stéphane Dupont souligne, photos à l’appui, qu’il règne une certaine cohue dans les rues de la capitale, notamment en raison de l’absence de feux de circulation et d’une véritable force constabulaire. « Sur les boulevards et autoroutes, les gens circulent souvent en sens inverse, lorsque nécessaire. Malgré tout, le monde reste assez prudent et n’y a presque pas d’accidents », précise-t-il.

L’animateur a dit noter que, malgré la grande pauvreté qui règne actuellement dans le pays, les résidants ont presque tous des cellulaires et qu’ils se transige beaucoup de ces appareils, sans compter les cartes d’appel. Il a également qualifié Kaboul de terre d’accueil des voitures volées puisqu’on y retrouve des véhicules de toutes sortes avec, toujours vissées à celles-ci, les plaques d’immatriculation des pays d’où ils proviennent. Les taxis y sont également très présents.

Si l’état de guerre semble avoir disparu de Kaboul, il y a, selon lui, beaucoup de structures à reconstruire, celles-ci ayant pratiquement disparu. Les terroristes demeurent très présents dans cette ville où l’on voit encore des femmes vêtues de burkas, ces grandes robes munies de voiles couvrant entièrement le visage de celles qui les portent.

PAYS DE CONTRASTES
Stéphane Dupont souligne que le voyage lui a permis de découvrir plein de choses se passant dans le pays. Dans la région de Kaboul, ils a assisté à de nombreux projets de déminage, la construction d’un centre de formation – plus ou moins crédible selon lui - pour les corps de métier nécessaires à la reconstruction (maçons, plombiers, électriciens), etc.

Deux jours plus tard, le contingent s’est rendu à Kandahar, au sud-ouest du pays, où se déroulent actuellement la plupart des combats et où l’armée canadienne est, par conséquent, la plus présente. Les journalistes ont pu constater les efforts du « Provincial Reconstruction Team » qui a œuvré à la reconstruction de deux postes de police, en collaboration avec des entreprises américaines qui participent financièrement à l’effort de reconstruction.

« Le Canada est très présent dans cette région et nos ingénieurs travaillent de concert avec les contracteurs afghans pour former des employés de l’endroit et les impliquer dans le processus de reconstruction. Il permet aux entrepreneurs locaux d’embaucher leurs propres employés, de travailler à leur rythme et à leur goût », de souligner l’animateur.

Stéphane Dupont note, par ailleurs, que la corruption est présente partout, même dans l’acheminement de l’aide humanitaire et internationale. « Il s’agit d’une région très pauvre et les Talibans, bien que moins nombreux qu’avant, sont encore très présents. L’ACDI est également très présente, mais a fort à faire. Il s’agit d’un pays écrasé par 40 années de guerre et de conflits où il n’y a malheureusement pas de leadership, où les structures gouvernementales sont toujours en voie de création », d’ajouter le résidant de Pintendre qui a eu, lors de sa visite à Kandahar, l’occasion d’assister à la première assemblée du conseil municipal de cette localité.

Il ajoute que les soldats de l’armée afghane sont toujours en formation et reçoivent un salaire de 125 $ US par mois. « C’est une armée qui demeure toutefois fragile et qui ne dispose que des moyens rudimentaires pour assurer son établissement et son développement. »

L’armée tolère la présence des champs de pavot, élément servant à la fabrication de l’héroïne, « car cette production constitue souvent la seule ressource financière des familles afghanes. C’est toléré car il n’y a pas de lien direct entre les familles de producteurs, les producteurs de drogue et les talibans. »

Ce voyage, comme on le mentionnait précédemment, a changé la perception de notre interlocuteur envers l’armée et celle du métier de soldat. « Je suis impressionné par ces militaires qui sacrifient de 6 à 9 mois de leur vie, éloignés de leurs proches et privés de bien des douceurs de la vie, qui doivent être prêts à agir en tout temps ».

Le Canada doit-il poursuivre sa mission en Afghanistan ? Stéphane Dupont croit que le peuple afghan a toujours besoin de la présence de l’armée canadienne et des autres pays. « Il ne faut pas les laisser à eux-mêmes car ils n’ont pas de système de gouvernance, possèdent une police et une armée très minimales, et qu’aucune structure afghane ne peut, pour le moment, fonctionner de façon autonome. Le jour où les Talibans auront disparu du paysage, les gens pourront recommencer à espérer et sortir du cercle vicieux de l’ignorance dans lequel l’extrémisme religieux des Talibans les a longtemps tenu. »